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MONNAIE, SERVITUDE ET LIBERTÉ

 Auteur/autrice: Joseph TCHUNDJANG POUEMI  Categorie: Afrique  Éditeur: Ouranos  Publié: 1 janvier 2020  Pages: 357  Langue: Francais  Taille du fichier: 6.1 Mo  Download
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Ce livre répond à un vœu qui m’a été exprimé le 28 septembre 1978.

Cela se passe à Washington. La réunion annuelle conjointe des instances suprêmes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (F.M.I.) vient de se terminer. Pendant quatre jours, les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales de 137 pays du monde non communiste ont débattu des grands problèmes économiques de l’heure et des solutions qu’ils appellent.

Dans les antichambres, les experts du Fonds et de la Banque ont discuté, dans le moindre détail, des situations économiques et politiques des pays membres. Les pays « sous-développés », les Africains en particulier, ont eu droit qui aux félicitations pour leur saine gestion (entendez sans déficit budgétaire), qui aux avertissements fermes si leur déficit n’était pas corrigé dans des délais appropriés. Tous sont convaincus qu’ils ont rencontré à Washington les meilleurs économistes du monde, capables de démontrer,statistiques à l’appui, que la conjoncture est terriblement précaire au Nigeria malgré ses surplus pétroliers, au Gabon et en Côte d’ivoire (qui,- quelques mois avant, étaient les modèles de la réussite) à cause de leurs déficits prévisibles de balance de paiements provoqués par l’inflation intérieure, et que le Rwanda risque d’avoir des problèmes car ses excédents de balance depaiements déboucheront sur l’inflation. Oui, en Afrique, tout est possible : les déficits de balance de paiements s’expliquent par l’inflation, les excédents la provoquent! Parole d’expert.

Dans les mêmes antichambres, les pays « industrialisés » se sont concertés : l’Angleterre s’est engagée à modérer la hausse des salaires pour réduire le volume de son déficit. Les Etats-Unis ont promis, par la voix de leur président notamment, de faire un effort substantiel pour maîtriser la hausse des prix; la preuve, le gouvernement s’est déjà attaqué aux revenus en invitant les milieux socio-professionnels à ne pas augmenter les salaires de plus de 7 % au cours de l’année. La France continuera la politique d’assainissement entreprise depuis que le gouvernement Barre est aux commandes : le déficit budgétaire sera moindre en 1979, leminimum vieillesse, pour des raisons de justice sociale, sera augmenté, mais de 22 % seulement. Quant à l’Allemagne et au Japon, qui, depuis quelques années, offrent à meilleur prix des équipements plus adaptés au Tiers monde, ils ont été invités à être plus coopératifs et à dépenser plus afin que les taux d’inflation « convergent dans le monde ». Les Suédois ont été blâmés pour leur politique trop austère, trop déflationniste : ils ont bloqué les salaires. Leur gouvernement socialiste, au pouvoir depuis quarante ans, qui a donné à la Suède l’image d’un pays équilibré et paisible, est menacé.

Il faut, pour Sortir de la crise économique mondiale, que les pays industrialisés dépensent et consomment davantage afin de tirer lesystème qui tend à languir : c’est la théorie de la locomotive. Dansle même temps, les pays sous-développés devront modérer leurs ambitions s’ils veulent contrôler leur inflation trop forte et diminuer leur endettement excessif. Ils devront également être raisonnables lors des négociations sur les prix des matièrespremières, faute de quoi ils souffriront indirectement du ralentissement des affaires dans le monde industrialisé.


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